Chute libre, carnets du gouffre – Mademoiselle Caroline

Un jour tout va bien. Et le lendemain plus rien ne va.

Puis passent les jours. On se dit que ça ira mieux, que ce n’est qu’une petite baisse de moral. Et finalement, le sourire s’efface de plus en plus, les larmes et les idées noires prennent de plus en plus de place.

Et un jour, avec l’inquiétude, vient le diagnostic « Vous faîtes en dépression ». Mais comment ? Pourquoi ?

Il y a beaucoup de personnes qui passent par là. Certains s’en sortent. Mais c’est difficile. Autant pour la personne « malade » que pour les proches. Ceux qui ne savent plus quoi faire, quoi dire pour que l’autre aille mieux.

La chute libre, ainsi qu’elle appelle sa dépression, Mademoiselle Caroline a choisit d’en parler avec son crayon.

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Un jour, me baladant dans une librairie, j’étais tombée sur le BD « La Chute Libre ». J’avais feuilleté rapidement, mais ça faisait encore mal. Trop douloureux, j’avais reposé la BD, me promettant qu’un jour je la lirai. Quand je serais prête.

Souvent en passant dans le rayon des BD, je la regardais. Et le mois dernier je l’ai achetée. Je ne l’ai pas ouverte de suite. Mais quand je l’ai ouverte, j’ai été tellement rassurée.

A travers ses dessins, dont certains ont été dessinés sur un petit carnet pendant ses périodes de chute libre, Mademoiselle Caroline nous raconte la descente, puis la remontée, la période d’euphorie où l’on se croit guérit, puis la re-chute et les re-montées, puis les re-chutes. Bref, entre son psy, ses antidépresseurs, son mari et ses enfants, Mademoiselle Caroline aborde avec beaucoup d’humour mais surtout avec beaucoup d’authenticité ses maux grâce à son talent.

Alors forcément, quand on est de ceux qui sont passés par là … qui ont chuté … sont remontés … on rechuté … une fois … deux fois …on « collectionné » les psys avant d’en trouver un qui corresponde … qui connaissent les effets secondaires des médocs (et ceux liés à l’arrêt brutal de ces derniers) … Alors, forcément, quand on est de ceux qui sont passés par là, on se reconnaît.

Parce qu’on s’aperçoit ainsi (même si on nous l’a déjà dit), que les autres ont traversé les mêmes doutes, les mêmes peurs, se sont posés les mêmes questions … Et de voir des dessins et des mots sur ces maux, cela donne un réconfort bien plus efficace qu’un médoc.

Grâce à cette BD, et même si elle m’a fait penser à des périodes que j’aimerais oublier, je me suis sentie bien, « mieux », je me dis que je ne suis vraiment pas toute seule, que ça arrive à d’autres personnes, qu’il faut arrêter de culpabiliser, comprendre le pourquoi, savoir comment agir et réagir, savoir quand il faut faire appel à l’extérieur parce que la bulle à l’intérieur menace d’exploser et de faire de nombreux dégâts.

Cette BD retranscrit avec beaucoup de sincérité ce qui se passe dans la tête d’une personne qui traverse une dépression sans entrer dans le pathétique et le larmoyant.

Alors aujourd’hui j’ai envie de recommander cette BD.
Aux personnes qui traversent (ont traversé ou ont peur de la rechute) une dépression pour qu’elles prennent conscience que non, elles ne sont pas seules. Qu’elles ne sont pas coupables. Que nous agissons tous à peu près de la même façon mais qu’en aucun cas l’issue est bouchée.

Aux personnes dont un proche traverse (ou a traversé) une dépression pour qu’ils comprennent un peu mieux le mal qui ronge de l’intérieur. Parce que les proches, qui veulent aider, ont beau demander « comment ils peuvent le faire », ce n’est jamais facile d’expliquer ce qui se passe et ce dont on a besoin. Et qu’ils comprennent que le cocktail « amour / présence / réconfort / câlins / mots gentils / écoute / compréhension » sont les meilleurs remèdes.

A toutes les autres personnes, pour qu’elles comprennent qu’une personne en dépression ne le fait pas exprès et n’est pas maîtresse de ses émotions et de ses pensées. Pour comprendre un peu plus ce mal qui un jour peut nous toucher, ou toucher nos proches.

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2 thoughts on “Chute libre, carnets du gouffre – Mademoiselle Caroline

  1. Je ne suis pas très BD à la base mais ton article me donne envie de me procurer celle-ci !
    (J’ajouterai, concernant la peur de la rechute et du regard éventuellement négatif des autres (et même son propre regard négatif là-dessus quand on en souffre), qu’il peut être intéressant de voir cette grosse crise existentielle sous un autre angle. C’est-à-dire ne plus voir la dépression comme une maladie fatale, un aveu de faiblesse, d’impuissance et d’inadéquation à la vie, mais plutôt comme un message profond (et certes tonitruant) que l’on ne peut plus ignorer et qui arrive pour nous inciter à changer de vie, d’habitudes, de représentations pour se rapprocher davantage et une bonne fois pour toutes de sa vérité propre. La rechute étant, non pas un échec mais simplement le signal que l’on n’avait pas tout à fait fini ce travail de… »refonte » la fois précédente.)

    1. Oui, je suis d’accord.
      La dépression peut aussi être un signal émanant du corps et de l’esprit signifiant que l’on n’est pas en accord avec ce que l’on pense et ce que l’on est au fond de nous, ce qui nécessite de se retrouver et d’agir avec plus de cohérence sans penser au jugement mais uniquement à son bien-être et son bonheur.
      Mais ce sont des périodes toujours difficiles, et malheureusement si on prend conscience de ces besoins quand on est « en haut », on n’accède pas à ces pensées quand on est « en bas » alors que c’est à ce moment là qu’on a le plus besoin de se souvenir de pourquoi on « est touchés ».

      Merci pour ton commentaire 🙂

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