Le cœur a ses raisons [Atelier d’écriture #7]

Depuis quelques temps, mes lundis matins sont doux.

Parce que quand surgit le petit coup de blues du dimanche soir, je me rappelle que le lendemain matin, j’aurais le plaisir de découvrir les textes inspirés par la photo postée par Leiloona. Drôles, émouvants, tragiques … les mots et les maux s’entremêlent et je suis à chaque fois émerveillée par la créativité de toutes les personnes participant à cet atelier.

Mais après la découverte des textes, vient une nouvelle attente : celle de la nouvelle photo ! Et cette semaine Leiloona a joué (de façon totalement involontaire) avec nos nerfs (je dis ça avec beaucoup de gentillesse, n’y voyez là aucune remarque négative …) : la photo a été postée jeudi (au lieu du mardi ou mercredi). J’ai poussé un grand ouf de soulagement (j’imaginais déjà un lundi sans atelier …). J’ai regardé la photo, elle ne m’a pas inspiré beaucoup sur l’instant, mais j’étais fatiguée, pas spécialement de bonne humeur. Bref.

J’étais fatiguée ouais … sauf que Morphée n’a pas voulu de moi. Épuisée, je me suis relevée à 1h du mat, j’ai regardé la photo et j’ai écrit mon texte.

Le lendemain matin, fatiguée d’une nuit trop courte et agitée, je me suis juste souvenue avoir écrit. Je ne me souvenais pas de ce que j’avais écrit. J’ai même eu peur de relire mes idées. Mais bon, comme c’est ce que m’a inspirée cette photo, je n’ai pas voulu modifier mon texte. Il est moins abouti que les autres, plus brouillon peut-être mais après tout, c’est aussi ça l’inspiration, savoir prendre ce qui nous vient quand ça nous vient.

Bonne lecture !

2014-12-08. Le coeur a ses raisons [Atelier decriture #7]
© Kot

LE CŒUR A SES RAISONS

On lui avait souvent répété qu’il avait du talent. Il aimait l’entendre. Il avait l’âme et l’égo d’un artiste. Mais ses parents ne voulaient ni le voir, ni le savoir, ni l’entendre.

« Tu feras des études, tu auras un vrai métier, tu ne seras pas artiste ! Artiste ? Ce n’est pas un métier digne ça ! » lui avait un jour dit son père. Il avait 16 ans. Il aurait pu, il aurait du se rebeller. Mais il ne l’avait pas fait. Quelque chose venait de se fermer en lui. Il avait attrapé ses carnets et ses crayons et les avait rangés dans un carton. Il s’en souvenait comme si c’était hier.

Alors quand il était passé ici, il n’avait pas su résister. Une envie subite. Il avait trouvé une bombe de peinture noire par terre, y avait vu un signe.

Le bâtiment était en restauration pour plusieurs semaines et ils avaient installé des protections tout autour. Des protections ? Lui voyait une immense toile pour laisser vivre sa créativité.

D’une main qui n’avait rien oublié de son talent, il avait laissé son imagination et son inspiration le guider.

Après plus de 2 heures, il s’était arrêté. Tremblant. En sueur. Il avait traversé la rue et s’était assis sur le banc de l’abribus. La nuit tombait et la pluie avait fait son apparition.

Il ferma les yeux quelques minutes puis les rouvrit pour contempler son œuvre. Il y découvrit la représentation de la devanture de l’école de commerce qu’il avait fait, une représentation de Magalie et lui, les bâtiments de Paris, la Seine, le parc où il allait courir, se balader, lire, parfois déjeuner.

Il avait dessiné sa vie comme pour y voir plus clair. Non. Il n’avait jamais voulu devenir commercial. Il voulait dessiner. Être un artiste.

C’est à ce moment là que tout se mit à trembler autour de lui, des cris accompagnant sa chute.

Il allait crier quand il ouvrit les yeux et découvrit Léo et Antoine, ses jumeaux de 4 ans ½ sauter sur le lit pour le réveiller.

Il les prit dans ses bras, toujours conscient du trouble de son rêve. Il n’avait plus pensé aux paroles de son père depuis plus de 15 ans. Ce rêve venait de les faire remonter à la surface. Son réveil avait un goût amer, il avait le sentiment d’avoir gâché son talent.

C’est alors que le souvenir de son licenciement lui revint en mémoire. Ah oui, c’est vrai, aujourd’hui était son premier jour de chômage. La crise qu’ils avaient dit ! Tout ça pour ça …, pensa-t-il.

Alors qu’il rejoignait ses bambins affamés dans la cuisine, deux petites voix firent leur apparition dans sa tête. Celle de la raison lui rappelait ses responsabilités de père et de la nécessité de retrouver un emploi stable. Celle du cœur lui rappelait que son talent était toujours en lui et que même à 35 ans, il n’était pas trop tard pour réaliser ses rêves.

2 heures plus tard, après avoir emmené ses fils à l’école, il fit un détour par la maison de ses parents. Ils étaient heureux mais surpris de le voir. Quand son père l’interrogea tendrement sur l’objet de sa visite inattendue, Marc répondit qu’il avait un carton à récupérer dans sa chambre.

30 thoughts on “Le cœur a ses raisons [Atelier d’écriture #7]

  1. Je vois que cette photo de Leiloona nous a beaucoup empêchés de dormir ! J’aime beaucoup ta façon de relater ce rêve tout en restant très près du réel. On penserait à de l’introspection !

    1. Oui, c’est vrai ! Et en effet, je pense qu’inconsciemment (ou peut-être pas …) il y a un côté « introspection » dans ce texte …
      Merci pour ton commentaire !

  2. Je trouve ton texte très abouti, bien attaché à la photo et bien écrit. Très rapidement, on entre dans sa vie, on accompagne ce personnage en ressentant la même frustration, face à ce père qui voulait son bien, mais qui a très mal compris comment s’y prendre. Comme parent, je perçois mon rôle comme assez simple. L’objectif est de rendre les enfants heureux, autonomes, bien dans leur peau, de les aider à découvrir et développer leur potentiel et à les encourager à réaliser leur rêve. Trop souvent, certains parents essaient de réaliser leur propre rêve à travers la vie de leurs enfants, ou alors de chercher à tout prix à les protéger des erreurs qu’ils ont fait eux-même et dont ils souffrent. C’est triste et ce genre de situation que tu décris, compte tenu de la situation actuelle en France est sans doute très actuel pour plusieurs. J’aime beaucoup aimé ton texte qui fait vivre des émotions et qui fait réfléchir. C’est à se demander ce que ça aurait été si toi, tu l’avais considéré comme abouti.

    1. Merci beaucoup pour ton commentaire !
      J’ai eu des parents qui ne m’ont jamais interdit ou imposé leurs choix pour mes projets / mon futur, et qui m’ont laissé « libre » tout en me guidant et en me faisant confiance ! C’est le plus dur dans le rôle de parents je pense …
      Merci beaucoup pour ton ressenti sur le texte, en le relisant, c’est vrai que je changerais des choses et je suis très touchée par ton avis 🙂

  3. Je me demande si je ne vais pas tout plaquer et devenir artiste moi aussi… Décidément la communauté bricabook est vraiment intéressante… J’aime particulièrement les derniers mots du textes.

  4. C’est d’autant plus dur de réaliser ses rêves quand on a des responsabilités mais il fait le bon choix. J’ai aimé que ce soit un rêve 🙂 vraiment inattendu ! 😀

    1. Oui, j’en suis sûre aussi :).
      L’effet « inattendu » est vraiment ce que je recherchais, je suis contente que ça ait « marché » 🙂
      Merci !

  5. Oui, on entre très vite dans ton texte, et on voudrait bien connaître la suite ! 😀

    Et désolée de t’avoir fait tergiverser … je crois que ce fut pas mal le cas avec cette photo. 😀

  6. Bonne idée que ce point de vue de l’artiste – nous sommes beaucoup à nous être focalisés sur le personnage de la photo.
    Choisir cette voie, c’est dur, certes, mais quand c’est un rêve d’enfant, quand on sait que c’est ce qui nous correspond le mieux, il ne faut pas hésiter. 😉

    1. Merci pour ton commentaire 🙂
      Oui, c’est vrai. Au début j’étais focalisée sur la femme au parapluie mais elle ne m’inspirait pas ^^
      J’en revenais toujours au dessin derrière :).
      C’est ce qui est intéressant, de voir tous les points de vue qu’une même photo donne.

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