Les vieux copains [Atelier d’écriture #14]

Plusieurs semaines sans écrire. Rien.
Plus d’envie, plus d’inspiration. C’était bloqué. Plus rien ne sortait.

Puis le soleil est revenu. Quelques bonnes nouvelles sont arrivées. J’ai regardé les choses différemment. J’ai essayé de les regarder avec plaisir, envie. J’ai compris. Et j’ai eu envie, à nouveau.

De retour pour l’Atelier d’écriture, je ne suis pas spécialement satisfaite de mon texte, l’impression d’avoir perdu en facilité d’écriture en quelques semaines mais comme on dit « Pas après pas, jour après jour ! ».

Bonne lecture et bonne semaine !

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© Marion Pluss

LES VIEUX COPAINS

C’est Stella qui l’avait convaincu. Elle avait passé l’après-midi avec lui. Elle lui avait tout expliqué, ce qu’il pouvait faire, écrire, publier, ce à quoi il devait faire attention. Elle l’avait pris en photo, ce qu’il détestait. Elle avait fait appel à ses souvenirs. Elle posait les questions. Il répondait.

Ils avaient diné pui elle était repartie. Il s’était alors installé et avait vu plein de notifications. « Jean a accepté votre invitation. Publiez sur son mur. », « Jeanne a accepté votre invitation. Publiez sur son mur », « Eric a accepté votre invitation. Publiez sur son mur. », « Marie a accepté votre invitation. Publiez sur son mur. ». Il avait jeté un coup d’œil à tous ces noms qui refaisaient surface, perdu dans ses pensées.

Stella lui avait assuré que « Facebook s’est trooop cool ! ». Qu’il allait pouvoir retrouver d’anciens amis, qu’il pourrait voir ses photos à elle, rester en contact malgré ses multiples voyages… « Faut que tu t’y mettes papa ! ». Alors il s’était laissé convaincre.

De nouvelles notifications arrivaient déjà. « Aline souhaite faire partie de vos amis. », « Hervé a publié un message sur votre mur. », « C’est l’anniversaire de Pierre. Ecrivez sur son mur ».

Au bout d’une heure, une autre notification. « Jacques vous invite à participer à un événement ». Étienne avait cliqué.

« Chers anciens camarades,

Bientôt 30 ans que nous avons quitté les rangs de l’école. À cette occasion, et grâce aux progrès des nouvelles technologies et des petits jeunes, je vous propose de nous retrouver pour un apéro / diner afin de nous remémorer le bon vieux temps ! RDV le 12 avril à 18h sur la place du village.

PS : Tenues de bikers obligatoires! 😉 »

Étienne avait le choix. Oui. Non. Peut-être.

Jacques avait été son meilleur ami. Étienne avait même été son témoin de mariage. Mais la vie, les choix, les événements les avaient séparés. Pourtant il n’avait jamais oublié leurs sorties, leur passion commune pour la moto, leurs aventures en duo, en frères. Tant de souvenirs.

Étienne avait fermé l’ordinateur, ses souvenirs le chamboulaient. Il n’avait pas fermé l’œil de la nuit.

Quand Stella était passé 2 jours plus tard, il lui avait montré le message.

« Mais c’est trooop cooool ! Trop bonne idée ! Faut que t’y ailles !! Sérieux papa … Allez, j’accepte ! Ça te fera du bien ». Il aimait son enthousiasme et le bisou qu’elle claquait sur sa joue pour sceller leurs accords. Il n’avait pas eu le cœur à refuser ou à s’opposer à sa fille.

Le 12 avril, il avait enfilé son vieux jean, sa paire fétiche de Santiags et son ancienne veste de motard. Il sourit en se souvenant du bon vieux temps.

Il était arrivé vers 17h sur la place du village où il avait grandi. Jacques était déjà là. Ils s’étaient tombés dans les bras. « Pas très viril », avaient-ils plaisanté.

Très vite d’anciens camarades les avaient rejoints. Les rires s’étaient mêlés aux souvenirs. Un verre, une clope, des tapes dans le dos, des promesses, des sourires. La soirée était passée à une allure folle et l’heure était venue de se séparer. « On reste en contact sur facebook hein ! ». Décidément ce facebook …

Jacques avait alors rejoint Étienne, qui s’apprêtait à partir à son tour.
– Et ta moto ?
– Vendue…, répondit tristement Étienne.
– Galère de fric ?
– Santé.
– Toi ?, s’inquiéta Jacques.
– Estelle, ma femme.
– Oh …
– Cancer. Quand on l’a appris, on a tout vendu. Moto, maison, meubles. Tout. On est partis, on a voyagé. Japon, Indonésie, Australie, Irlande, Italie, Espagne, Québec, Etats-Unis, Brésil. On est rentrés quand elle n’avait plus la force.
– Je suis désolé, j’étais pas au courant. Ça fait longtemps ?
– 3 ans.

Aucun des deux amis ne parla d’avantage, perdus dans leurs souvenirs et leurs souffrances personnelles. Pourtant à ce moment là, ils sentirent que leur complicité et leur proximité réapparaissait. Ils se comprenaient sans parler. Sans mots. Comme avant. Comme quand ils étaient petits et s’étaient retrouvés dans le même foyer d’accueil. Malgré tout ce qui s’était passé entre deux, les bagarres, les rivalités, ils étaient là, tous les deux, au même point. Ils avaient besoin l’un de l’autre.

L’amitié était revenue. Pas une amitié virtuelle à la facebook. Non. L’amitié réelle, celle des coups de fils, de la présence, des rendez-vous au bar, des bons moments. L’amitié qui créait les souvenirs et qui redonnait de l’intérêt à la vie. L’amitié. La vraie.

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