Objectif Lune ! (Partie 2)

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Lire la première partie du compte-rendu

Nous sommes le 17 avril, le village commence à se monter sur les quais, Bordeaux est en ébullition. Sur Twitter, le Marathon de Bordeaux est sur beaucoup de tweets !

Je me confie en privé à Olivia en lui avouant que je suis inscrite au semi. Elle me livre de précieux conseils et m’encourage ! Ça me fait énormément de bien même si je reste pleine de doutes…

Le chéri rentre du boulot et nous filons chercher nos dossards. Le stress monte, je ne me sens pas capable d’assurer le semi du lendemain. J’ai mal au ventre, peu d’appétit, je stresse.

Nous rentrons, nous scrutons la météo qui annonce … de la pluie. Ça tombe bien, je déteste la pluie et je refuse (tout simplement) de courir quand il pleut … Ça commence mal ! Mais pour l’instant, il fait beau, nous sommes sûrs qu’il ne va pas trop pleuvoir. Une ou deux averses peut-être mais rien de méchant. Nous restons confiants.

Samedi 18 avril – 9h30. Je me réveille péniblement après une nuit entrecoupée de réveils et de rêves de semi. Je guette le mal de ventre, le mal de tête, mais ils ont l’air absent. Je suis persuadée qu’ils vont arriver …

Vers 11h30, nous allons faire un tour sur le village où je rencontre Olivia et Captain Phoenix ! Olivia me rebooste et me redonne quelques conseils. J’ai le ventre serré malgré tout.

Notre repas ne sera pas très original : pâtes et filet de poulet ! J’ai du mal à boire, du mal à manger.

Le chéri impose alors une petite sieste de 30 minutes pour tenir le coup.

Un de ses amis, qui est également inscrit au semi, nous rejoint à l’appart. Pendant que les hommes passent le temps en jouant à la PS3, je m’occupe comme je peux.

En privé je confie à Coralie que je fais le semi. Elle me rassure, m’encourage et me donne quelques conseils. Son enthousiasme me fait du bien. À ce moment là, j’ai l’impression qu’aucune excuse ne viendra s’immiscer et m’empêcher de courir. Je crois que je vais devoir y aller …

Vers 17h, le soleil se cache, de gros nuages font leur apparition et la pluie commence à tomber.

Vers 19h, la pluie ne semble pas vouloir s’arrêter. Nous commençons à nous préparer tranquillement. Je rajoute ma casquette dans le sac, elle me permettra de ne pas avoir trop de gouttes sur les lunettes pendant le semi …

19h50, le top départ est donné ! Nous habitons à moins de 2km du village, mais comme nous devons couper le parcours, nous préférons partir avant que les premiers marathoniens ne passent. Nous ne voulons pas leur couper la route ou être bloqués (bah oui, ça serait bête de louper le départ à cause de ça …).

Nous prenons notre temps, et arrivons au niveau du départ vers 20h15. Il pleut, on a froid, les chaussures et les chaussettes sont déjà trempées, je commence à râler. Je ne veux plus y aller. Le chéri me dit de faire demi-tour … Il est marrant, c’est lui qui a les clés de l’appart !

Nous rejoignons la zone coureurs et essayons de nous abriter comme on peut. Vers 20h45, on enlève les kway, on dépose les sacs à la consigne et on se prépare. Un petit tour aux toilettes et vers 21h, un dernier bisou au chéri et nous rejoignons nos SAS respectifs. L’attente sous la pluie et dans le froid commence alors.

Il n’y a pas plus de marche arrière possible.

21h30, le départ est lancé. Étant dans le dernier SAS, j’attends presque 20 minutes avant de partir. Mais miracle, la pluie s’est arrêtée. La foule avance, et sans m’en rendre compte, je passe sous l’arche de départ… Il faut y aller.

À peine 200m plus tard, je sens les émotions m’envahir. Je me mets dans ma bulle, oublie que c’est un semi, profite des encouragements des gens sur les trottoirs et je fonce. Les jambes ont l’air d’aller, la pluie s’est calmée. De toute façon, je n’ai plus le choix !

Le début du parcours, je le connais. C’est une partie de mon parcours habituel. Je respecte les consignes du chéri, à savoir, ne pas partir trop vite. Au km1, je suis à 6min50, ça me va. À partir de là, je décide d’essayer de ne plus regarder le temps. Le chrono je m’en fous, mon objectif c’est d’aller au bout.

Arrivée sur le pont Chaban-Delmas. D’habitude c’est là où je commence à marcher. J’ai peur de me cramer sur la montée, mais entre les émotions et le monde, je ne la sens même pas. Avant de m’en apercevoir, nous sommes déjà sur la rive droite. Il y a encore et encore du monde pour nous soutenir.

Au km5, je suis à 35 minutes. Ça me convient. Je ne ressens aucune fatigue, mes jambes me portent, je vole, je me sens bien, je suis dans ma bulle. Je n’ai pas envie de marcher.

Nous passons le Pont de Pierre et la foule est là en nombre pour nous encourager ! Je n’en vois plus le bout, j’ai l’impression que le semi commence vraiment maintenant.

Les marathoniens nous rejoignent et je sens le rythme changer. Mais la foule est toujours là, à fond, ça crie, ça encourage, ça applaudit … Ça fait tellement de bien !

Au km8, une ampoule commence à se faire sentir sous le pied droit. Je sens que ça va compliquer les choses, mais je continue. Tout va bien.

Je passe le km9 en 1h tout pile, je suis moins rapide qu’en entrainement, mais je n’ai aucune douleur, mes jambes sont bien, je suis régulière, mon souffle ne me pose pas de soucis, je ne m’inquiète pas.

Au km10, je ne ressens pas le besoin de marcher, mais je commence à avoir du mal, l’ampoule me fait souffrir et je prends conscience que nous ne sommes qu’à la moitié du parcours. À cet instant, j’aperçois quelques mètres devant moi 2 paires d’oreilles de lapins ! Les LapinsRunners ! Cette vision me redonne confiance et espoir … j’y vais ! Je reste dans ma bulle et j’oublie le reste, tout en imprimant dans mon esprit le soutien sans faille des gens sur le bord des trottoirs. Depuis le début, le public est là … et bien là !

Nous arrivons au km13, le Jardin Public. En étudiant le parcours, je pensais que l’on passait en dehors. Mais en fait non, on va dans le parc. Et là, ça se complique. Peu d’éclairage, beaucoup de flaques d’eau, des graviers … je perds un peu mon rythme. Et le temps que l’on passe dans le Jardin Public me semble looong, looong, looong surtout que le public n’a pas été autorisé à pénétrer dans le parc, les soutiens sont donc peu nombreux. Autant vous dire que je savoure le retour sur le bitume avec le public !

J’arrive au km14 en moins de 1h40. Je suis fière de moi, je n’ai toujours pas marché. Par contre, l’ampoule me fait sacrément mal.

Je bois un peu au ravito du km15 et repars … pour environ 200 mètres.

Tout va bien, mais l’ampoule me fait décidément trop souffrir, je ne peux plus m’appuyer sur le pied droit… Je décide de marcher un peu. La pire idée de la soirée…

Je n’arrive plus à repartir, j’ai mal. J’alterne marche (pas très rapide) et course (pas non plus très rapide). J’ai l’impression que les km ne défilent plus aussi facilement. Pourtant le temps lui défile à toute vitesse. J’essaye de m’accrocher, je cours 10 mètres et je m’arrête. Je ne peux pas abandonner maintenant … J’ai fait le plus gros.

Le mental m’abandonne un peu. Je marche beaucoup. J’attends la fin. Je ralentis. Au bout de 2h, je suis « seulement » au km17. Je pense au chéri qui a du passer la ligne d’arrivée, je l’imagine m’attendre à l’arrivée, je m’accroche.

Il m’a dit que sa mère était bénévole au km17, j’espère la repérer … mais je ne la vois pas. Je continue, je marche de plus en plus, j’essaye de courir mais les jambes ne veulent plus. Je désespère, j’ai envie de m’asseoir et de pleurer.

Km18. La fin me semble interminable.
Km19. Il reste pas grand chose, mais ça me semble tellement à accomplir encore.
Km20. Je n’arrive pas à réaliser. Et je n’arrive plus à avancer.

Un dernier effort et je suis de nouveau sur les quais. Je vois l’arche d’arrivée, je vois le tapis. Je puise dans mes quelques forces restantes pour atteindre l’arche … en courant !

Puis tout s’arrête. Voilà. C’est fini. Je marche, je suis encore dans ma bulle, je ne réalise pas. J’ai mal aux jambes, je n’arrive même plus à marcher. On me remet une jolie médaille et je file au ravito. Une de mes amies y est bénévole, j’espère la voir mais je ne la repère pas.

Je me dirige vers les consignes, en espérant y retrouver le chéri … Et je tombe sur Emir et Carole, les LapinsRunners avec qui j’échange quelques mots.

Le chéri n’est pas là. Je suis toute seule alors que j’ai juste envie de partager ce moment avec lui.

Au bout de 20 minutes et alors que je me prépare à rentrer à l’appart, sans savoir s’il est rentré ou pas, 2 bras m’enserrent et un gros bisou vient se poser sur ma joue ! Le chéri !! Je suis fière de lui dire que « ouiiii, j’ai réussi » et de lui montrer ma médaille.

Il a beau être 1h15 du matin, j’appelle ma maman et lui dit que nous sommes médaillés, que nous avons fini, que nous sommes crevés mais que nous avons réussi !

J’ai le sourire aux lèvres et la tête dans les nuages.

Si à 20h nous avons mis une vingtaine de minutes pour rallier le village à partir de l’appartement, après le semi, nous mettrons plus de 40 minutes pour rentrer. Nous sommes cassés.

Heureux, mais cassés.

Une bonne douche s’impose et au lit.

Pourtant, le sommeil ne viendra pas avant quelques heures. Je revis ces instants magiques, ces encouragements, cette bulle de bien-être, je remercie ces jambes qui m’ont portées et je mesure le petit exploit que je viens d’accomplir.

J’ai mal partout mais je suis tellement bien. Je m’endors avec une seule question en tête « C’est quand qu’on recommence ? »

4 thoughts on “Objectif Lune ! (Partie 2)

    1. Merciiii ! Mon chrono est franchement loin d’être exceptionnel, mais l’objectif était de finir et de passer la ligne d’arrivée (en rampant, sur les mains ou même en moonwalk … mais de la franchir ^^).
      Je suis franchement contente et fière de moi … 🙂

    1. Merci !
      Oh oui, beaucoup d’émotions … Mais de telles émotions positives, un tel bien-être que je n’ai qu’une envie : recommencer 🙂

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