L’étau se resserre [Atelier d’écriture #20]

Et c’est une photo de Julien Ribot qui nous inspire encore cette semaine !

Bonne lecture et bonne journée à tous 🙂

atelier_ecriture_20

L’étau se resserre

Ils sont partout. Dans la rue, sur les toits, aux fenêtres des maisons voisines. La maison aux volets bleus est encerclée.

L’attente est longue. Ça fait plus de 5 heures. 5 heures que ces hommes sont positionnés, arme au poing, œil dans le viseur, prêt à intervenir.

Jean, le responsable de la mission espère que cette prise d’otage ne finira pas dans le sang. Mais au fond de lui, il doute. Il doute toujours. Dès qu’il doit faire face à ce genre de mission, il sait que sa priorité est de libérer les otages vivants … ainsi que le preneur d’otage. Mais des fois, ce n’est pas possible.

Il ne veut pas que ça se termine dans le sang. Non, ce n’est pas possible. Il a peur mais il ne le montre pas. Jamais.

Cette mission c’est sa dernière. Ce soir il partira. Il sera en retraite. Il ne peut pas finir sa carrière sur un bain de sang, c’est impensable.

Il repart voir Aurélie, la responsable des négociations. Ils discutent. Il n’y a pas eu d’avancées depuis plus d’une heure. L’homme est retranché dans le garage. Ce n’est pas un fou. Il n’a plus de repères. Il ne sait plus ce qu’il fait. Il a peur. Il est perdu.

Son profil est compliqué. Il a presque 50 ans et son père vient de mourir. Il n’avait plus que lui. Une mère décédée lorsqu’il n’était qu’un enfant, une ribambelle de belles-mères toutes aussi pourries les unes que les autres, une vie qui ne l’a pas gâté. Une ex-femme. Des enfants. L’ex-femme s’est tirée avec son meilleur ami à lui, enfin, son ex-meilleur ami. Ils ont emmené les enfants. C’était il y a 17 ans. Il n’a plus jamais eu de nouvelles.

Son père c’était son repère. Lui qui dirigeait, lui qui ordonnait. Sans lui il n’est plus rien.

S’il s’est retranché dans le garage c’est parce que c’est là que son père passait le plus clair de son temps. Il avait été menuisier de métier. Et à la retraite il avait continué de caresser le bois pour en faire toutes sortes d’objets. Il aimait rester à ses côtés, le regarder travailler, lui parler.

Son père était devenu sa raison de vivre. C’est lui qui évitait les éclats de colère de son fils.

Mais il était mort. Un accident. Un salaud qui roulait alcoolisé l’avait fauché sur le bord de la route un soir.

Il ne s’en remettrait jamais.

Il avait mal. Il avait peur. Et la folie s’était emparée de lui.

Il avait attrapé l’ancien fusil de son père, avait ouvert la porte de garage, arrêté les gens qui passaient devant la maison, leur avait ordonné de rentrer et les avait menacé.

Il voulait juste que son père revienne. Qu’il soit là près de lui. Qu’il ne l’ait pas laissé seul.

Il commençait à pleurer.

Face à lui, les 4 otages se tenaient serrés les uns contre les autres, dans le silence. Chacun comprenait sa terreur et son désespoir et chacun craignait pour sa vie.

Son regard était dans le vague. Perdu. Il pensait. Il réfléchissait. Il se rappelait les souvenirs heureux. Son père.

Et sa douleur revenait de plus belle. Il n’était plus là.

L’homme qui l’avait tué devait mourir. C’est ça qu’il voulait. Il savait que des dizaines d’hommes étaient positionnés, prêts à tirer, mais tout ce qu’il demandait c’est que ces hommes tuent celui qui avait ôté la vie de son père.

Et alors il libèrerait les otages.

La lumière commençait à vaciller dans le garage, le responsable des opérations à l’extérieur essayait à nouveau de rentrer en contact avec lui.

Non, il ne négocierait pas.

La lumière s’éteignit alors. Et une détonation se fit entendre.

Patapadam …

– Putain mais quoiii ! Ils nous foutent leur pub à ce moment là !! Genre, putain, t’entends un coup et là baaaam ! Pub ! Nan, mais grrrr … M’énerve ces séries américaines et ces chaînes à tout le temps casser le suspense avec leurs pubs quoi ! J’vais pisser pour la peine …

20 thoughts on “L’étau se resserre [Atelier d’écriture #20]

  1. Argh , cette pub qui nous ramène à la réalité et nous laisse sans connaître la fin de l’histoire ! La douleur et la folie de cet homme à la dérive sont très bien rendues, bravo !

  2. ah! ouf!!! c’est une série de fiction 🙂
    excellent, on est vraiment bien pris par l’histoire, on y croit et on retient sa respiration en espérant que… et puis paf! la chute!
    génial 🙂

Laisser un commentaire