Le sens de la vie [Atelier d’ecriture #22]

Et c’est une photo de Marion Pluss que Leiloona a choisi cette semaine !

Bon lundi, bonne semaine et bonne lecture 🙂

atelier_ecriture_22
© Marion Pluss

LE SENS DE LA VIE

Il n’a jamais compris.

Lui, il travaille dans la finance. Il a une grande et belle maison. Une femme. Deux enfants. Une femme de ménage. Une maison secondaire au bord de la mer. Il gagne bien sa vie.

C’est son père qui lui a transmis sa passion pour la finance. Un monde particulier, un monde de requin, un monde dur mais qui lui apporte tellement. Il doit l’avouer, c’est surtout financièrement qu’il lui apporte.

Mais il a été élevé comme ça. Dans l’argent. Il ne s’en cache pas, il assume ce statut.

Ce qu’il a moins assumé c’est le jour où son père lui a annoncé qu’il quittait ce monde si lucratif de la finance pour jouer le clown sur scène avec une troupe de comédiens amateurs.

Son père ? Clown ? C’était une blague ?

Non, c’était la crise de la soixantaine, ce n’était pas possible autrement.

Il avait essayé de le raisonner, pourtant il était allé jusqu’au bout. Son père avait donné sa démission et était parti. Sur les routes de France, avec sa petite troupe, vendant la grande maison qu’il occupait depuis des années malgré le décès de sa femme. Il avait acheté un petit appartement. Avait investi dans la troupe pour assurer la tournée.

Il ne comprenait pas. Comment son père avait-il pu abandonner ce monde pour celui du spectacle ? C’était incompréhensible en fait, il n’y avait rien à comprendre, un coup de folie qu’il finirait par regretter.

Et forcément, depuis 6 mois qu’il était parti, tout son entourage professionnel ne cessait d’en parler : il y avait eu ceux qui avaient été surpris, ceux qui ne comprenaient pas, ceux qui savaient mais n’en parlaient pas … Si tout le monde était au courant, rare étaient ceux qui n’en parlaient pas, qui ne jugeaient pas.

Alors quand il avait vu dans le journal que la troupe passait ce jeudi soir dans une salle de la commune voisine, il avait hésité mais avait fini par acheter son billet. Il eut peur qu’il n’y ait personne d’autre dans la salle, qu’il ne puisse pas se cacher de son père, qu’il ne puisse voir sans être vu.

Il pénétra dans la salle à 19h58, le spectacle commençait à 20h00. La salle faisait salle comble. Il restait une petite place au dernier rang, vers laquelle il se dirigea spontanément, soulagé et angoissé en même temps.

Après 2h00 de spectacle, il sortit de la salle. L’air lui manquait.

Il était heureux, il avait ri, souri. Il avait eu les larmes aux yeux plus d’une fois et il sentait ses abdos tirer d’avoir trop ri.

Son père était heureux, vivant, comme jamais il n’avait été. Pendant des années il s’était caché dans un monde qui ne lui convenait pas. À cet instant là seulement, il comprit le geste et la décision de son père.

Alors qu’il regardait les gens sortir de la salle, ses yeux croisèrent ceux du clown, de son père. Un sourire échangé plus tard, il se retrouva dans ses bras, heureux. Enfin.

22 thoughts on “Le sens de la vie [Atelier d’ecriture #22]

    1. Merci ! Je viens de lire les textes, en effet, beaucoup de tristesse … Mais je ne sais pas pourquoi, quand j’ai vu ce clown, j’ai eu envie qu’il soit heureux 🙂

Laisser un commentaire