Âme solitaire [Atelier d’écriture #28]

J’ai été très touchée par les différents commentaires sur le texte de la semaine passée. Et je ne sais pas si cela a un rapport ou pas, mais quand j’ai découvert la photo de la semaine, l’inspiration m’est venue de suite.

J’espère que mon texte vous plaira.

Bonne lecture, bonne semaine, merci à Leiloona pour cet atelier et à Julien Ribot pour la photo !

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© Julien Ribot

ÂME SOLITAIRE

Antonin s’était réveillé bien avant que son réveil ne sonne. La journée serait particulière. Il le savait. Il le redoutait.

Après avoir pris un bon petit déjeuner et s’être préparé, il était parti au marché. C’était sa routine du samedi matin.

Il s’était arrêté au petit bar sur le chemin et avait commandé un café. Bien que le patron le connaisse depuis de longues années, ils n’avaient pas échangé grands mots.

Antonin était un solitaire. Il avait du mal à parler, à s’ouvrir aux autres. Pourtant il était gentil, aimable et serviable. Ici tout le monde le respectait et personne ne cherchait à empiéter sur son besoin de solitude.

René, le patron du bar, avait bien connu sa grand-mère. C’est elle qui avait élevé Antonin. Une grand-mère veuve qui après la disparition de sa fille unique, et de son beau-fils, avait pris la responsabilité de faire de son petit-fils un homme entier et respectable, qui allait devoir grandir sans autre famille qu’elle.

Grâce à Marthe, Antonin était devenu un enfant rieur, plein de gaieté, d’enthousiasme et de créativité. Plus tard, il était devenu un adulte sérieux et équilibré.

Mais quand Marthe était décédée, 18 mois plus tôt, Antonin s’était retrouvé seul. Totalement seul. Il avait quitté la maison de sa grand-mère, dans laquelle il vivait depuis tant d’années et avait loué un petit appartement dans le village.

Il s’était renfermé sur lui même, se jetant corps et âme dans la peinture, un art qui avait fait de lui un artiste renommé.

Mais ce matin, tout allait changer.

Après avoir payé son café, et échangé un sourire timide avec le patron, il était parti faire ses courses. Il était passé devant la maison abandonnée de sa grand-mère, et son coeur s’était serré comme à chacun de ses passages.

Lorsqu’il était arrivé au marché, l’effervescence du matin ne l’avait pas contaminé. Il allait d’étal en étal, respectant toujours le même ordre, achetant toujours les mêmes produits, saluant poliment chaque commerçant.

Lorsqu’il leva les yeux, il s’étonna de voir le marché en noir et blanc. Comme s’il regardait une vieille carte postale. Il savait que la nostalgie s’emparait de son esprit. Il se sentait de plus en plus triste et voulait qu’à nouveau, la couleur rentre dans sa vie. Et pour ça il devait avancer, comme il l’avait promis à sa grand-mère.

Il avait fini de faire le tour du marché, était rentré chez lui, avait entrepris de faire le ménage, de lire un peu, de peindre toujours.

Vers le milieu d’après-midi, il sentit que le moment était arrivé.

Une planche de bois dans une main, un marteau dans l’autre, il partit vers la maison de sa grand-mère et sur le volet, cloua le panneau qu’il avait préparé depuis des mois. A VENDRE.

Alors qu’il se retournait, bouleversé, il surprit une jeune femme les observant, lui et la maison. Elle lui souriait. Et comme si un rayon de soleil venait d’illuminer un ciel resté gris depuis trop longtemps, il lui rendit son sourire.

C’est à ce moment là que lui revinrent les paroles que sa grand-mère lui répétait souvent. « Il n’y a pas de coïncidences dans la vie. Il n’y a que des instants qu’il faut savoir attraper et dont il faut se servir pour avancer et être heureux. »

Maintenant, tout pouvait changer. Tout allait changer.

26 thoughts on “Âme solitaire [Atelier d’écriture #28]

  1. Un très beau texte plein de sensibilité ! J’adore le parallèle que tu fais entre ses idées sombres et endeuillées et le noir et blanc 😉 et la note de renaissance à la fin est sublime avec ce sourire qui redonne des couleurs à sa vie ! Merci sincèrement 😉

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