Fauchée [Atelier d’écriture #30]

Me voilà de retour après un petit break !

La raison est très simple : peu de temps pour écrire, encore moins pour lire les textes écrits par les autres participants. Le but de l’atelier de Leiloona étant également l’échange, j’ai préféré ne pas participer aux derniers ateliers. Mais le temps revient doucement, alors je reviens moi aussi.

Bonne lecture et bonne semaine.

atelier_ecriture_30_vincent_hequet
© Vincent Héquet

Edit : j’ai écrit mon texte vendredi après-midi, avant les événements tragiques qui ont bouleversé la France … et le monde. J’ai préféré publier mon texte tel que la photo me l’a inspirée, bien que l’image ait pris une toute autre signification dès vendredi soir …

FAUCHEE

Alex était barman. Il ne l’avait pas vraiment choisi. Mais il fallait bien vivre. Payer le loyer. Manger. Et comme il n’avait jamais été du matin, un boulot de nuit lui avait semblé être le bienvenu.

Il quittait rarement le bar avant 3 heures du matin la semaine et 5 heures le weekend. Bien évidemment, à cette heure, pas de bus. Et rentrer en taxi était un luxe qu’il ne pouvait se permettre.

Alors il marchait. Environ 3 kilomètres séparaient son appart du bar. Et si cette distance l’avait fait râler au début, il avait appris à l’apprécier.

Prendre l’air après son service. Découvrir la ville endormie. Croiser les lève-tôt. Parfois les maris volages allant retrouver leurs femmes après une nuit de débauche.

Parfois, après une nuit particulièrement agitée, il s’asseyait sur un banc. Attendait que les premiers rayons du soleil apparaissent et passait à la boulangerie la plus proche de chez lui pour s’offrir un croissant encore tout chaud.

Dans ces moments là, il prenait conscience que sa ville était magnifique. Remplie de trésors qui n’osaient se dévoiler la journée. Des trésors que seuls les noctambules pouvaient admirer.

Comme cette brindille qu’il avait admiré le matin même en rentrant.

Son lacet s’était défait et bien qu’il ne soit qu’à moins de 300 mètres de chez lui, il s’était arrêté. S’était baissé. Et alors que ses doigts jouaient avec ses lacets pour les renouer, il l’avait aperçue.

Son premier réflexe avait été de sourire. On aurait dit qu’E.T. était sous terre et qu’il essayait de « téléphone maison ». Et puis il avait pensé à ses cours de sciences. « Une stalagmite Alex Avec un M ! Je te l’ai déjà expliqué ! Une stalagmite, avec un M comme Monte. Une stalactite, avec un T comme Tombe. Ce n’est pourtant pas compliqué ! ».

Mais la tristesse s’était rapidement emparée de lui. Voir cette petite brindille fauchée en pleine gloire. En pleine ascension. Fauchée par le froid qui l’avait glacée, la condamnant à ne plus bouger avant le petit matin. Si tant est qu’un rayon de soleil ait le temps de venir la délivrer avant qu’un pied maladroit ne la brise à tout jamais.

14 thoughts on “Fauchée [Atelier d’écriture #30]

    1. C’est exactement ça … « Percevoir les minuscules beautés » mais aussi et surtout savoir les apprécier. Merci de ton commentaire 🙂

    1. Merci beaucoup pour ton message. Je crois qu’inconsciemment, et même avant que les événements n’arrivent, cette photo inspirait la beauté du monde, pas sa noirceur …

  1. Je souris car au premier regard sur la photo j’avais pensé à un periscope!!Ce texte méritait d’être publié et je suis sûre que le lendemain ce garçon vérifira si son petit stalagMite est toujours là!….

    1. Merci beaucoup pour ton commentaire ! Il a trouvé un trésor oui, et je suis sûre qu’il en prendra soin du mieux qu’il pourra, en effet :).

    1. Exactement ! Cette photo m’a inspiré l’espoir et la beauté du monde « avant les événements ». J’y vois comme un bon présage. Comme une façon de se dire que nous sommes encore capables de voir la beauté du monde, quand le monde va bien … et quand il ne va plus très bien. Merci pour ton message 🙂

    1. En relisant le texte, je m’aperçois qu’il colle à cette actualité, ce qui est assez étrange vu que je l’ai écrit « avant ». En tout cas, cette photo est très belle (et d’autant plus porteuse de sens « après ») et elle a été porteuse d’espoir dans les nombreux textes écrits pour cet atelier. Merci d’avoir maintenu l’atelier … et merci de nous réunir et de laisse place à l’émotion et à l’imagination chaque lundi !

    1. Merci beaucoup !
      En effet, après les événements, je me suis rendue compte qu’il était d’actualité même si je ne l’avais pas écrit dans ce contexte …

Laisser un commentaire